Amicale des Anciens du Secours Catholique Caritas-France

Amicale des Anciens du Secours Catholique Caritas-France

La Pacifique

Texte transmis par Henri Boutet

 

AU BORD DE LA MER

Mercredi 20 juillet, Sylla, Mohamed et Justine (les prénoms sont changés) étaient venus depuis la Tranche sur Mer par le bus pour une sortie en mer à la voile aux Sables d’Olonne. Chacun a pu à son tour tenir la barre, être actif dans le virement de bord, border ou choquer une écoute.  La mer, un peu agitée n’a pas trop sollicité les estomacs.

 De retour au port, le bateau est amarré. C’est le moment de partager la parole, ce que les navigateurs appellent un « débriefing » tandis que des goélands se mêlent à la conversation.   , Sylla aura toute liberté de se faire baptiser à l’âge de la majorité. C’est son choix. Mohamed, musulman est encore à l’âge du collège  Justine, de maman asiatique et de père français fait partie d’une troupe scoute de Paris.

Après que tout a été rangé à bord, les deux skippers répondent volontiers aux questions des jeunes embarqués. Francis a vécu deux années sur son voilier entre Djibouti et la Bretagne, après une vie active dans la Marine Nationale, Claude, accompagnait comme aumônier les Scouts de France de la paroisse Saint Sulpice quand il résidait dans cet arrondissement parisien.  

Quand on a participé ne serait-ce qu’un moment aux mêmes émotions, du même équipage, et que l’on est encore dans cet environnement marin, il est bon de partager chacun à partir de sa culture propre, sans crainte d’apparaitre comme différent. C’est la base du dialogue inter-religieux, promu depuis le Concile de Vatican II. « Avance au large » est-il dit quelque part ailleurs dans les évangiles.

Ce même mercredi  dans toutes les églises où était la messe était célébrée on pouvait entendre cette page d’évangile « Ce jour-là, jésus sortit de la maison et s'assit au bord de la mer… ».  Le commentateur est tenté de passer immédiatement à la belle parabole qui suit, celle du semeur qui sortit pour semer sa semence. Une tentation à laquelle échappe Alain Rémond dans "Comme une chanson dans la nuit » (aux éd. Du Seuil, écrit à propos de ce passage de l’évangile selon Mathieu, chapitre 13 :

 « C'est une phrase qui me fait du bien. Un jour, au petit matin, (j'imagine que c'est le matin), il sort doucement de la maison, sans faire de bruit, et il va s'asseoir au bord de la mer.  Il a besoin de calme, de silence. Il a besoin de se vider la tête. De poser ses bagages. Il fait doux, il fait beau. Il regarde la mer, le ciel. Il goûte le matin. Il se laisse envahir par la beauté du monde. Il est en train de déclencher une révolution. Chaque jour il prend des risques, il s'expose, il provoque le débat, il suscite la controverse : en quelques mois il a mis le feu en Galilée. Alors il a besoin de souffler, de faire le point. Il est là au petit matin, assis au bord de la mer, il écoute le léger bruit des vagues, le léger bruit du vent dans les herbes. Il regarde les éclats de soleil dans la mer, il se laisse gagner par la paix de cet instant. La paix avant la guerre.

Je l'imagine, assis au bord de la mer. Il pense à sa vie, à son destin personnel. Il se demande quel en est le sens, comment tout cela va se terminer. Il pense à sa liberté.  Qu'est ce qui l'a poussé à quitter sa famille, ses frères, ses sœurs, son père, sa mère, pour aller courir le pays avec une bande d'exaltés, proclamant qu'il faut tout changer, qu'il faut faire la révolution, celle de l’esprit ? D'où tient-il cette force ? Aurait-il pu y résister ? A –t-il choisi son destin ? Où est sa liberté d’homme ?

Peut-être est-ce là, ce matin-là, au bord de la mer, qu'il entrevoit sa véritable histoire, il a fait le vide, il a posé ses bagages. Et il a l'intuition en regardant la mer, en regardant le ciel, qu'il est appelé à autre chose qu'un destin d'homme. Il va souffrir. Il va mourir comme un homme. Et puis…Je ne sais pas.  J'imagine. En fait, j'aurais aimé être là. J'aurais voulu vivre cette aventure. J'aurais voulu, au jour le jour, voir cet homme un peu fou et sa bande d'exaltés. J'aurais voulu le voir au milieu de ses frères et sœurs, avec son père, avec sa mère. Boire avec lui, manger avec lui. Le voir au milieu des pauvres, des prostituées, l'écouter clouer le bec aux sages, aux maîtres de la loi, l'écouter parler de la mort et de la vie, de la souffrance et de l'amour. De l'enfer du manque d'amour ' ("Qu'est-ce que l’enfer ? Je maintiens que c'est la torture d'être incapable d'aimer"). Jusqu'à sa mort à lui. » (

Je ne sais pas ce qu'est la vie. Je ne sais pas ce qui nous hante, quel est cet espoir qui nous fait vivre, qui nous dit qu'on ne peut pas accepter l'abandon, la résignation ?

Je ne sais pas quelle est cette insatisfaction qui nous brûle, qui nous pousse. Pas pour l'au-delà. Pour cette vie, la nôtre. Trop de blessures, de déchirures. Des rêves immenses, venus de loin, de l’enfance, Et ce bonheur soudain, violent, qui submerge et bouleverse. Comme une chanson dans la nuit, pour consoler notre âme. » (René Rémond).



21/07/2022
3 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au site

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 111 autres membres