Amicale des Anciens du Secours Catholique Caritas-France

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"Grève de l'espoir" à Calais

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Selon Véronique Devise, présidente du Secours catholique Caritas France, : « A Calais on renie les valeurs de la République. »
Bernard Schricke, Délégué interrégional Hauts de France-Normandie, chargé de la Coordination Régions et délégations a contacté les membres de l’Amicale au sujet de la grève de la faim engagée en l’église Saint Pierre de Calais depuis le 11 octobre par un couple,  Anaïs Vogel et Ludovic Holbein, et l'aumônier du Secours catholique du Pas-de-Calais, le père Philippe Demeestère, qui affirme :  « Le sujet, ce n’est pas cette grève, c’est l’inhumanité. Ces gens dorment et vivent par terre, on vient arracher leurs tentes, leurs affaires, c’est quelque chose d’intolérable. » 
 
Depuis plusieurs années, des associatifs, des militants et des personnes exilées alertent sur la situation inhumaine vécue dans le Calaisis :  expulsions quotidiennes, confiscation et destruction des effets personnels, multiplication des arrêtés anti-distribution de nourriture et d’eau, coups et blessures de la part des forces de l’ordre…
Et l’escalade de la violence ne s’arrête pas. Il y deux semaines, des nouvelles mesures ont été mises en place. A quatre reprises, l’État a posé des rochers empêchant tout accès aux associations pour distribuer des denrées de première nécessité aux personnes exilées. Des interdictions se sont multipliées ensuite sur l’ensemble des lieux de vie des personnes, rendant illégales toutes distributions. Mi-octobre, Yasser est mort écrasé par un camion. Il voulait rejoindre l’Angleterre avec l’espoir d’une vie meilleure.
Concrètement, les grévistes ont trois demandes : l’arrêt des expulsions systématiques des migrants pendant la trêve hivernale, l’arrêt de la confiscation de leurs tentes et de leurs affaires personnelles, l’ouverture d’un dialogue entre autorités et associations non mandatées par l’État pour définir conjointement des modalités de l’aide humanitaire.
Les trois militants ont reçu dimanche la visite de la présidente du Secours catholique et de l’évêque d’Arras. La veille, la sous-préfète de Calais était venue discuter, sans que les échanges aboutissent, selon les grévistes. Une prochaine rencontre était prévue le 22 octobre.

Pour soutenir les « grévistes de l’espoir », comme ils se nomment eux-mêmes, merci de signer et faire signer cette pétition sur Change.org :  Faimauxfrontières

                                                                                                                  Daniel Druesne

 

Le pape François propose quatre verbes pour discerner quels chemins d’alliance ouvrir et tracer avec les exilés qui se présentent aux frontières de notre Europe : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. Quatre dynamiques à actualiser et à nouer différemment, selon les lieux et les temps qui convoquent notre liberté.

                        A Calais, en 2020, sur une portion de littoral viennent s’ancrer – par milliers encore – des exilés en quête d’un asile que leur ont refusé les pays du Continent. Le site de l’ancienne « Jungle », où stationnaient les exilés en 2015/2016, s’est retrouvé promu en aire de repos pour les oiseaux migrateurs et converti en zone de protection des espèces florales menacées1.

Ici, accueillir ? Accueillir la honte

Non pas, d’abord, accueillir l’étranger, assis sur l’assurance de notre ouverture d’esprit et de notre générosité. Non, bien plutôt, accueillir en nous la honte. A la vue de tous ces corps soumis au dénuement, à la maltraitance, à la sottise, à l’arbitraire, à l’hypocrisie, se laisser percuter par le dégoût de notre propre immunité ; baisser nos yeux qui s’ouvrent à ce que cette humanité défaite nous raconte de nous-mêmes : notre suffisance ; nos enfermements ; notre arrogance ; nos complicités. Quitter nos chaussures et, avec elles, ce qui fonde nos prétentions, nos méprises. Revêtir les mots du prophète Isaïe : « Malheur à moi, je suis perdu ! car je suis un homme aux lèvres minées par le mensonge, et je fais corps avec une parole meurtrière » (Is 6, 5).

Ici, protéger ? Couvrir de notre ombre

                        Dans le sillage du verbe « protéger », surgissent, en se bousculant, d’autres mots : réclamer, revendiquer, couvrir de son ombre, qui inspirent très concrètement une intransigeance absolue, des lignes de conduite dont l’obstination se confond avec celle du souffle de la vie. A la suite de Joseph d’Arimathie auprès de Pilate (Lc 23, 50ss), poursuivre, réclamer les corps qui ne comptent pas dans les hôpitaux, les morgues, les centres de rétention, les tribunaux. Revendiquer pour identité première et suffisante de tous les « sans-droits », le lien originel et charnel par lequel nous les faisons communier à notre propre identité. Avec la même vigueur que celle prêtée par le Psaume 2 au décret de Yahvé vis-à-vis de son Messie : « Vous êtes nos sœurs et nos frères ; nous, aujourd’hui, nous vous avons adoptés. Les puissants de la terre peuvent bien se rebiffer, Celui qui siège dans les cieux, les renvoie à leur insignifiance ». Nous faire les répondants, les parrains de ceux dont la parole ne rencontre que défausse. Les couvrir de notre ombre, – à la fois de notre présence et de notre discrétion-, en nous faisant les observateurs du respect scrupuleux de leurs droits, partout où les machineries administratives et policières contrôlent, filtrent, déplacent, humilient. Et puis, encore, multiplier les temps et les lieux où, délaissant les frontières mondaines, nous nous portons au plus près de leurs faims, de leurs soifs, de leurs fatigues et de leurs blessures, de leurs isolements, de leurs rêves, des accrocs et des souillures de leurs vêtements, des voiles qui passent dans leurs regards.

Ici, promouvoir ? Tisser de « l’entre-nous »

                        A Calais, tout l’être des exilés ne résiste, ne perdure que d’être tendu vers « l’autre côté ». De cet entre-deux de tous les dangers, stérile, inhabitable, -dernier avatar de tous les entre-deux qui, depuis leur départ, se sont multipliés sous leurs pas comme autant de chausse-trapes-, s’employer à faire un « entre-nous ». De ce qui est un non-lieu, un temps déstructuré, une puissance d’engloutissement, faire la matrice d’une demeure dont l’architecture de parole et de mémoire accompagne et arrime chaque jour, chaque nuit à l’espérance. Son périmètre coïncide avec les temps et les lieux dégagés pour, ensemble, faire la fête ; colorer de fraternité une halte de nuit hivernale ; se livrer à la création artistique ; s’affronter dans le jeu ; prier ; trouver à se lover dans les histoires d’Exode de ces Pères dont nous nous voulons les héritiers ; mettre sous le feu des projecteurs d’un défilé l’inventivité qui préside à l’élaboration d’une ligne vestimentaire « Jungle Style »2 ; repiquer dans une cour d’église la « Fête des Tentes »3, héritière d’une longue et lointaine tradition juive (Dt 16, 13). « Entre-nous » stimulant ou s’ébauchent les lois d’une alliance durable qui puisse associer les différentes demeures humaines.

Ici, intégrer ? Recevoir et partager l’élargissement

                        Avec ce(ux) qui nous arrive(nt), il s’agit bien de nous inscrire dans une cartographie et une histoire communes, distribuées dans l’approche puis la traversée des distances et des proximités, des séparations et des rencontres à travers lesquelles l’édifice des relations humaines se construit. Pour lors, il y a l’invitation mutuelle à rejoindre, chacun pour la part qui lui revient, cet exode quotidien dont l’amplitude et la direction se reçoivent à l’articulation de quatre polarités : accueil de chaque homme ; accueil de tous les hommes ; accueil de tout l’homme ; accueil de ce qui n’a pas visage d’homme.

                        Accueillir ? Recevoir pour un commencement accordé à l’origine et aux chemins d’avenir du Vivant dont nous sommes les enfants. Et l’hospitalité fournit la scène d’apprentissage la plus immédiate, la plus familière où découvrir et pratiquer un « entre-nous » qui libère pour chacun tous les horizons. Au plus près de chez soi, dans cet intérieur où tout porte la marque exclusive de notre mesure propre, se porter au-devant de la tension, se tenir au dehors de la contradiction pour faire droit à celles-ci, leur faire place.

                        Et cela sous le ciel d’une promesse : voir s’élargir les piquets de nos tentes (Is 54, 2). Quelque chose de cette hospitalité est inscrit dans le mouvement par lequel Abraham, assis à l’entrée de sa tente, au plus chaud de la journée, s’arrache au-devant de trois étrangers qu’il a aperçus à même son côté. Ces passants qu’il reçoit comme des hôtes et auprès de qui il se tient en retrait après les avoir servis, ouvrent dans sa tente et dans le sein de sa femme Sara la place de la fécondité et de l’avenir (Gn 18, 1ss).

Père Philippe Demeestère, sj, bénévole au Secours Catholique – Caritas France à Calais

 



20/10/2021
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